Du risque létal encouru par la dix-huitième téléprospectrice tunisienne tentant de m’équiper de panneaux photovoltaïques

Lundi, 18h47. Du fond de la poche de pantalon de mon costume prince de galles de chez Ede & Ravenscroft s’échappe l’entêtante mélodie de la « Bamba triste », emplissant immédiatement mon esprit d’un kaléidoscope de moustaches, de sweats « stars & stripes » et de piscines fumantes aux margelles couvertes de neige. Le spleen baudelairien mâtiné de swag de Pierre Billon me signale l’appel d’un numéro non répertorié que mon Iphone, probablement sympathisant du complot qui se trame à mon insu, localise dans la banlieue de Lesparre-Médoc. Faisant fi de la réputation sulfureuse de la bourgade girondine, j’effleure de mes petits doigts souples et boudinés l’écran de mon terminal, extension micro-processée de mon cerveau reptilien, boite à icônes athées ayant depuis longtemps renversé notre relation d’asservissement. J’active dans le même temps mon application permettant la traduction en temps réel d’un patois aux effluves de feu de bois, de gibecières ventrues et d’ébats consanguins. Je suis prêt !

Éteins la lumière, montre-moi ton côté sombre !

Dans le même temps, dans la banlieue de Tunis règnent sans Carthage (désolé) d’ambitieux entrepreneurs, recrutant à peu de frais des cohortes de bouches pour leur apprendre à prononcer sans accent « partenaire bleu-ciel d’EDF », précieux sésame semant la graine (re-désolé) de la confiance dans l’esprit de l’interlocuteur francophone. A l’instar de Jayce et ses conquérants de la lumière, une armée s’érige dans l’ombre pour transformer le toit de mon « home sweet home » en annexe de Fukushima. Au bout du fil s’annonce « Jenifer de Qualité-Energie-France-partenaire-Bleu-Ciel-d’EDF » énoncé dans un souffle pour m’éviter de déceler des signes évidents d’accent trans-méditerannéen. S’enchaine ensuite tambour-battant une série de questions « oui-non » mettant à peu près le même bordel dans mon cerveau que dans une soirée orchestrée par Dodo-la-saumure. A 1’30 tombe le coup de grâce, « deux panneaux photovoltaïques installés sur mon toit seront amortis en dix ans et je rendrais un fier service au réchauffement climatique ». Hagard, je parviens à objecter, ravalant le filet de bave suspendu à mes lèvres, que j’ai bien eu une Casio à capteurs solaires en 1988 et qu’elle a marché 3 semaines. Mais elle tient bon Jenifer, au soleil, elle rayonne derrière son micro. Je lui balance la CNIL en bouclier. Mais il y a belle l’urètre ( !) qu’elle s’en bat les couilles de la loi informatique et libertés. En 1978, Jenifer, elle était même pas née.

Télépro qui croyait prendre

Oui parce qu’il ne faudrait pas non plus se mosquée du monde (re-désolé). Dans cette nouvelle guerre punique opposant le gang des oreillettes aux contribuables français payant plus de 5 000 € d’impôts (aka votre serviteur), le perdant se fait puniquer ! D’autant plus que franchement, télé-opérateur, ce n’est pas un métier, c’est une malédiction. Même une adolescente pré-pubère est physiquement incapable de passer 8 heures par jour au téléphone sans subir de graves lésions cérébrales. Bon le problème c’est qu’elles le font quand même… Faut pas s’étonner après que Louane puisse remplir le stade de France. La petite « Bélier » elle peut aller jour les sourdes-muettes sur les plages de Djerba, elle est sûre que ça va le faire. N’empêche, chanteuses pour sourds il fallait y penser. Si tu y réfléchis 5 minutes, tu vas trouver plein de chanteurs qui t’ont déjà envie de perdre toute acuité auditive. Si ça se trouve le top album c’est l’organigramme secret de Daesh. Ça fait des années qu’on subit les attentats radiophoniques sans broncher et qu’ils transforment nos cerveaux en résidus de victime de bombe anti-personnelle.

3615 Ullahousewives

Mais à toute chose malheur est bon. L’avantage du téléphone, c’est que l’on peut aussi le faire de chez soi. J’ai donc fait le tour des emplois que je pourrais exercer à domicile si toutefois un jour ce blog ne me permettait plus de remplir le gourmand réservoir du yacht familial. J’ai rapidement découvert des pans entiers d’une économie parallèle aussi belliqueuse que la blogosphère des mères de famille. Passé le leurre de devenir un Jérome Kerviel en tablier de cuisine promis par plusieurs sites peu sérieux (le jour où « les feux de l’amour » sera côté en bourse on en reparle), je suis tombé sur trois jobs tout à fait dans mes cordes. On m’a d’abord proposé de m’attacher pour me chatouiller. Le problème c’est que le monsieur refusait de préciser où il allait mettre la plume en fin de séance. Risqué ! J’ai ensuite eu un gentil monsieur visiblement chimiste à ses heures qui m’indiquait fabriquer des comprimés antidépresseurs très efficaces  que je devrais vendre dans la plus grande discrétion, l’autorisation de mise sur le marché de cette « MDMA », acronyme dont il a omis de me donner la signification. Surement un dérivé de l’aspirine…

Au moins, à l’époque du téléphone rose, on faisait travailler d’honnêtes mères de famille. Ben oui, ce sont quand même elles qui ont le plus d’expérience en matière de simulation, après Meg Ryan. Je m’adresse donc à toi, jeune médocaine d’adoption ayant honteusement bafoué le délicat nom d’artiste d’une ex-Jean-Pascal-girl passée au Panthéon des arts vocaux francophone en un clip vaporeux pour pervers bedonnant reluquant sa télé la main dans sa poche droite trouée. La prochaine fois, au lieu de m’appeler, tu m’envoies un sfax !

Bisous.

Gabriel

 

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