Des fenêtres médiatiques ouvertes sur l’insanité collective et individuelle

PQ-R

L’un des principaux problèmes lorsque l’on demande leur avis aux gens, c’est qu’ils le donnent. Depuis longtemps les médias en général se sont sentis obligés de proposer au lecteur/auditeur de s’exprimer dans leurs colonnes, bafouant le principe de base de toute démocratie éditoriale, le journaliste écrit et le lecteur lit…et se tait !

Définition du concept d’inintelligence collective

Autant il est avéré et donc socialement acceptable que s’exprime la bêtise du groupe d’individus, autant je suis toujours aussi désarmé devant l’ineptie individuelle. L’étude des dynamiques de groupe – vous référer aux travaux de Kurt Lewin qui malgré un prénom lui ayant valu les pires vexations étant enfant est finalement devenu un psychosociologue tout à fait acceptable – avait mis en lumière combien nous sommes capables d’être vraiment très cons quand nous sommes à plusieurs. La règle de Lewin* concluant même que plus on est nombreux, plus on est cons. J’en veux pour preuve les bagarres entre supporteurs, les « after-CRS » de nombreuses manifestations, les suicides collectifs de lemmings et les conduites inconséquentes des gamètes mâles sur la route de la corniche menant à Fallope. Après des siècles à se chercher en vain un terrain de jeu à la hauteur de son talent, la connerie humaine s’est enfin découvert un écrin : les médias !

Le stylo nouvelle arme de destruction massive

Longtemps raisonnable sur ce qu’il convenait ou pas de dire à ses lecteurs, la presse finit un jour, pour égayer un peu le travail de secrétaire de rédaction jusqu’ici proche de celui de veilleur de nuit, par ouvrir ses colonnes aux commentaires d’experts patentés tant en géopolitique du proche orient qu’en germination des plantes en milieu sub-saharien, j’ai nommé les citoyens lambdas. Alors ça avait commencé doucement avec le courrier des lecteurs où monsieur Dupont regrettait qu’on ai pas rendu pas d’hommage suffisant au dernier poilu de la commune alors qu’en 1914, il s’était quand même tapé le trajet Paris-Banlieue en taxi Renault AG9, dont on sait maintenant que la suspension n’était pas son fort. Puis très vite tout ça a dérapé – les suspensions ça ne pardonne pas ! On leur avait donné cinq colonnes, ils se prenaient pour Hercule. Mi-dieu médiatique, mi-citoyen le bon sens chevillé au corps. L’avènement du web fut la lie du calice populaire. L’anonymat aidant, on pouvait désormais à son tour déverser son fiel sur le premier e-journaliste venu, le traitant de « chef de rubrique chiens écrasés », « fonctionnaire de la pige » ou pire de stagiaire. De petites stars du commentaire putassier naquirent même dans le nid, douillettement installées dans l’illusion de porter chaque jour le souvenir de la France révolutionnaire en piétinant les articles des uns et les interventions de leurs congénères. A certains même, prêts à passer à la télévision pour asseoir une célébrité régionale, faut-il leur rappeler que, comme pour Danton qui souhaitant montrer sa tête au peuple fut exaucé par Robespierre, la rotative de presse peut parfois se muer en guillotine de nuque.

L’érection du café du commerce en source officielle d’information

Directement venu du grand-duché, qui nous a quand même gratifié de Charly Gaul, Stéphane Bern et de nombre de petits billets tous mignons nés de l’union adultérine entre les économies des stars françaises et la crème luxembourgeoise des banques privées, le concept de voix du peuple nous avait rapidement mis dans le bain. Il faut dire qu’à l’autre bout du poste, il n’y a pas que la crème ! Le principe de la parole à l’auditeur (selon l’émission du même nom) permit donc à toute une génération de continuer à gueuler tranquillement contre les impôts, les réformes, le prix de l’essence ou les horaires d’ouverture de la Poste, tout en étant offerte à l’écoute de la France entière grâce à la complicité d’animateurs radio, parfait imitateurs des chiens opinant du chef que l’on plaçait alors sur les plages arrières des Renault 18 (Deux fois Renault dans le même billet, je sens que je suis prêt pour les billets sponsorisés !). Depuis, on a industrialisé le process. LA voix du café du commerce a déménagé dans un autre paradis fiscal, plus au sud, le climat méditerranéen étant surement plus propice à l’épanouissement radiophonique. Et là, on est comme chez Gégé au Bar Pmu de Saint Sulky sur Marne. Pas de censure, tous les avis sont recevables et il est même conseillé de dire des conneries si l’on veut être entendu. Du coup même les animateurs s’y mettent et on glorifie, qui une ancienne star du rugby reconvertie en comédien abonné aux seconds rôles bovins, qui une ex-actrice de charme érigée en correspondante de « SOS désert affectif ». Le tout à grand renfort de témoignages puisque la valeur va aujourd’hui au vécu et qu’on peut désormais tout savoir de l’intimité de nos compatriotes sans avoir à payer les 2 francs 23 la minute que nous extorquait Madame Ulla pour 3 gémissements téléphoniques.

Je n’ai jamais vérifié, mais j’ose espérer que pour absorber cette débauche d’impudeur, La Redoute a pensé à augmenter le nombre de pages de sa rubrique « masseurs à joue ».

Gabriel de Calomnie

 

* Cette règle tout à fait imaginaire ne résulte en rien des travaux de Lewin mais constitue le fruit de longues années d’observation assidue de la connerie humaine, la mienne propre en particulier.

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2 réflexions sur “Des fenêtres médiatiques ouvertes sur l’insanité collective et individuelle

  1.  » fruit de longues années d’observation assidue de la connerie humaine, la mienne propre en particulier »
    Parlons donc du seul sujet qui vaille, que je maîtrise et qui m’intéresse : MOI !?

    Tout le monde (journalistique) n’a pas le talent de Voltaire pour dénicher un Candide.
    C’est une question de degré, le second en l’occurrence.

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