De la souffrance imposée à Jean-Gilles Bescherelle par les écrits numériques

Omarmatuer

Malgré ce que vous pourriez penser au regard des sujets abordés sur le blog, et malgré ce que j’avais affirmé dans un précédent article, je ne suis pas fondamentalement un vieux con adepte inconditionnel du « c’était mieux avant ». Je combats même au quotidien les chantres de la régression sociétale qui en appellent à la blouse d’écolier, à la cuillère d’huile de foie de morue du matin et aux châtiments corporels non consentis (quand on est d’accord, ce n’est pas pareil !). Mais là, franchement, ça suffit !

Veni, vidi, (Capello) Vici !

Je croyais naïvement qu’à force d’être soumis chaque jour aux calligraphies les plus excentriques que le web offre le bonheur de lire, nécessité professionnelle oblige (et oui, votre serviteur a aussi un métier), je finirai bien par être immunisé contre le pouvoir urticant qu’ont sur moi les fautes d’orthographe. Mais là, je sens les plaques revenir aux endroits les plus reculés de mon anatomie. Le problème ce n’est pas tant cette approche tout approximative de l’orthographe qu’ont certains dans leur manière de s’exprimer par écrit que la négligence absolue qu’ils y accordent. N’essayez même pas de proposer à ces Chateaubriand en jean slim d’orthographier correctement ne serait-ce qu’un mot sur trois sous peine d’être rapidement raillé puis insulté au prétexte que savoir écrire ne sert à rien et qu’on comprend de toute façon le sens de leur idée. J’avais même lu, il y a quelques temps, une linguiste qui affirmait qu’il s’agissait d’une évolution naturelle de la langue et que « c’était que nous qu’on était des gros réac’ qui voulaient même pas que les jeunes i’ posent leur empreinte sur une époque qui finalement leur appartient plus qu’à nous ». Bon, elle n’a pas vraiment dit ça mais je simplifie volontairement son propos pour être plus clair, et non pour discréditer honteusement son éclairage comme vous le pensiez. Mauvais esprits va !

Aux confins de la dysenterie rédactionnelle

Ok ! Alors. Cas pratique. Voici une phrase extraite d’un forum que je vous invite à lire jusqu’à compréhension totale de son sens. « uh uh uh é tuveu pa kjtebroute le f..n avek !!! nan traiv dplaizantri a sprila jlegard jtrouvrai ben kaikchoz a enfair… ». L’héritier de Pérec a ici décidé de transcender la prose oulipienne en extrayant non seulement des lettres mais en nous gratifiant également d’une capacité à recomposer des mots avec des syllabes qui ne leur appartenaient pas au départ. Par exemple, « trêve de plaisanterie » se transforme en un « traiv dplaizantri » des plus ambitieux. Vous en conviendrez avec moi…ça pique les yeux ! J’ai récemment eu à lire une recommandation professionnelle réalisé par une jeune étudiante (ce qui signifie qu’elle a eu son bac !) dans laquelle elle me suggérait de créer « un blog qui constituera des billets où les entreprises diront pourquoi ils ont choisi ce lieu et pour plus de pérennité à la marque », concluant que l’objectif était de « s’encrer dans le digital. » La dernière fois que je me suis « encré dans le digital », c’était en 1991, quand on te demandait encore tes empreintes pour ta carte d’identité. Alors n’allez pas me dire que ces histoire de langage « kikou lol sms » sont l’apanage d’ados désœuvrés dont les parents auraient négligé l’éducation…

Les académiciens à Mikonos !

Mais les scories ne sont pas seulement sur les écrans de téléphones ou d’ordinateurs, elles ont aussi colonisé leurs cerveaux, grignotant tel PacMan les derniers neurones errants encore laissés en liberté dans l’espace disque libre de leurs boites crâniennes. Il suffit de se pencher un peu sur la richesse linguistique dont nous gratifient les émissions de télé-réalité ou les séries pour avoir sur le champ envie d’invoquer ma grand-mère qui leur aurait lavé la bouche avec du savon au bout de vingt-cinq secondes. C’est qu’elle ne plaisantait pas mamie… Si on veut du top niveau, de la performance remarquable, on peut déterrer Kamel de Loft Story qui nous avait offert : « C’est quoi du « TIM » ? T-H-Y-M. Ah du Thym ! », « Vous voyez, je suis petit et crapu. » ou encore « E comme André ». Un festival ! Je suis certain que plus tard, il sera considéré comme l’un des pionniers du nouvel ordre orthografik qui a depuis fait des émules. Plus récemment, Zelko de Secret Story avait constaté que « Les oreilles ont des murs », Aurélie voulait « assurer un peu ses derrières » et Anthony de La belle et ses princes presque charmants mettait Ludovic en garde : « Elle te teste comme un toy story ! ». Fort de ces exemples mis en exergue par la télévision comme des modèles de réussite (ben oui, ils passent à la télé !), on comprend mieux pourquoi la norme s’incline gentiment, comme la Tour de Pise, vers la débilité. Sauf que quand les deux viendront s’écraser sur nos tronches, la première fera sûrement plus mal que la seconde.

Je me dis qu’il suffirait d’inviter des universitaires, des artistes, des philosophes (autres que Jean-Claude Van Damme je veux dire) en boîte à Miami ou d’organiser un « Bachelorette » avec Angela Merkel et tous les chefs d’état du G8 en smoking avec une rose entre les dents (vous avez l’image ?!) pour que le monde s’en trouve transformé.

Gabriel de Calomnie

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2 réflexions sur “De la souffrance imposée à Jean-Gilles Bescherelle par les écrits numériques

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