Peut-on remplacer Laurent Delahousse par Pierre Bellemare ?

Je ne suis pas un assidu des journaux télévisés, c’est un fait. Je leur préfère la presse écrite et les sites d’information, plus par rythme de vie que par démarche informationnelle longuement réfléchie. Il m’arrive pourtant occasionnellement de tomber sur l’une de ces grand- messes cathodiques en patientant sagement avant ma ration quotidienne de Plus Belle la Vie.

Je suis à chaque fois frappé par l’information principale finalement retenue, présentée indifféremment en début ou en fin d’édition. Alors que des pays entiers de déchirent en guerres civiles interminables, que la glace fond aux pôles, que les sangliers colonisent les villes, que le cancer tue et que le tort aussi… dans la plupart des cas, et c’est vérifiable, le fait majeur du jour est un fait divers français.

Quant qualité prime sur quantité.

Vous allez me dire, ce n’est pas nouveau et c’est, somme toute, logique. Les « chiens écrasés », quintessence des actualités les plus sordides que l’être humain soit capable d’engendrer, ont toujours été de puissants moteurs des ventes de journaux. Dès le XIXème siècle, Jack l’éventreur passa à la postérité non pas pour son anonymat jamais levé ou même pour avoir mis en échec la fine fleur de la police londonienne mais grâce à une lettre signée « Jack the ripper » dont l’agence Central News avait dévoilé la teneur. Alors que franchement, il a fait quoi dans la vie Jack ? Passé au fil de l’épée 5 prostituées ayant l’outrecuidance d’exercer dans un quartier baptisé du nom d’une chapelle consacrée à la vierge ? Avoir un peu abusé de son aisance dans le maniement de la lame sur les visages et l’intimité de ces dames ? Pendant ce temps là (bon là j’abuse, ils ne sont pas contemporains), la comtesse Bathory faisait preuve d’une inventivité remarquable dans la torture de centaines de jeunes filles, n’étant reconnue que tardivement dans sa spécialité, Jean-Baptiste Carrier expérimentait, non sans efficacité, le concept novateur de noyades collectives et Abdülhamid II remportait le grand concours de génocide du XIXème, sponsorisé par la lessive Saint-Marc, devançant Hong Xiuquan et Wei Changhui, duo chinois ayant eu un certain succès lors de la Révolte des Taiping et les généraux « versaillais » de la commune de Paris. Preuve qu’avec peu, on peut faire beaucoup et qu’une seule victime, parfois même anonyme, peut supplanter des milliers d’autres.

La mort, c’est triste surtout quand c’est proche.

Sauf qu’aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi mais ça m’énerve de plus en plus. Embrumés par ce vague sentiment d’un monde vaste et hostile, peuplé de chinois infiltrés dans nos villes, dans nos campagnes, les baguettes entre les dents, tapis au coin du bois prêts à nous ôter, si ce n’est la vie au moins nos emplois industriels, nous avons besoin de revenir aux fondamentaux. Manger local, produire local…mourir local ! Et quoi de plus poignant qu’une belle histoire d’accident dans un petit village de campagne où une victime du devoir est pleurée par toute une communauté. En plus, c’est la période ! Avec l’ouverture de la chasse, la presse quotidienne régionale se régale du gentil chasseur pris pour un sanglier par un collègue à la vue basse. Il ne manque plus que les 4 jeunes parvenus à enroulé leur voiture sur un platane en sortie de boite un dimanche matin et vous avez votre Une du jour ! Et sinon, les massacres en Syrie, la destruction du patrimoine de l’humanité au Mali, les dommages collatéraux de l’explosion du narco-trafic sur la côte Pacifique du Mexique ? ça va ! nickel ! Ben oui, tout ça c’est loin. Et puis, ma bonne dame, c’est qu’on peut pas trop s’identifier… On n’est pas rebelle à Homs ou bibliothécaire à Tombouctou ! Alors que la dame dont l’ambulance a fait 3 tonneaux sur une route du Périgord, ça pourrait être nous. Alors c’est juste de l’identification ?

La guerre, par contre, c’est mieux quand c’est loin.

Pas sûr ! Il y a aussi qu’en occident, on est quand même un minimum civilisé. Et puis, côté guerre, on a donné. Même entre nous. On s’est entretués successivement avec les anglais, les autrichiens, les allemands… Alors maintenant, on voudrait bien être tranquilles chez nous. Des guerres, soit, mais pas trop près. Déjà que les yougos nous ont gonflé pendant 10 ans dans une guerre civile à laquelle on a rien compris (les croates persécutés parce qu’ils auraient été vilains en 40, les serbes, coincés en Bosnie, les musulmans minoritaires poursuivis pour manque de catholicisme), alors maintenant, on ne veut rien à moins de 3 000 kms de Paris. On a notre misère, on la garde. Pas besoin de celle des autres. La Tunisie c’était limite. Manquait plus qu’ils s’attaquent au club Med de Djerba et qu’ils nous niquent nos vacances de la Toussaint. Non le mieux, c’est le proche orient, ou même l’Asie. Les petits chinois, ils n’ont pas encore eu le temps de s’habituer à la liberté et en plus, ils sont super nombreux. Pourrait bien y’avoir un beau massacre sans qu’on y trouve à redire. Je vous dis, c’est mieux quand c’est loin !

Comme ça, on n’est pas obligés de regarder. Parce que mine de rien, avec tout ce temps d’écoute que ça nous libère, ça nous permet d’être plus concentrés sur la dame qui a jeté son bébé du 3ème étage, d’entendre ses voisins dire qu’ils « s’en doutaient » et qu’elle leur « avait toujours parue bizarre ». On pourrait même envisager une grande rétrospective des petits faits divers sordides du coin de la rue. Avec un montage dynamique et Arthur à la présentation, sûr que ça nous fait 50% de part de marché en prime sur TF1 !

Gabriel de Calomnie

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